Il y a presque une semaine jour pour jour...
Le début de semaine s'annonçait comme les autres depuis 2 mois : des occupations à droite et à gauche en attendant le jour J. Ce fameux jour J prévu pour le 2 décembre.
Lundi, Astrid et Cat venaient manger à la maison. Mardi, Olivia mon amie esthéticienne devait s'occuper de ma pilosité (!).
Mercredi, en discutant avec Chouchou, je soulevais l'hypothétique possibilité d'un déclenchement mardi 02.12 si, comme pour Ilana, ma grossesse trainait en longueur. Envie d'être accouchée par ma gynéco de garde ce jour là, pas tellement envie d'accoucher avant un week-end...
Mais jeudi soir, Sasha a décidé de sonner le branlebas de combat.
Vers 22 h 30, pas passionnée par le programme télé, je me tournais et me retournais dans le lit. Chouchou, relaxé par des vacances débutantes, était en mode veille à côté de moi. Et soudain, cette impression que ma vessie n'en a fait qu'à sa tête. Non, ce n'est pas possible, la plupart des femmes ne perdent pas les eaux à la maison ! Et pourtant... "Chouchou, je crois que je perds les eaux !", "Hein ? Quoi ? Ah bon ?!". En une fraction de seconde, il est en dehors de lit, droit comme un I. "Alors, faut qu'on parte maintenant ?". Je me lève à mon tour et là, ploufff ! Je suis certaine qu'il ne s'agit plus de ma vessie. J'explique à Chouchou qu'il va falloir que l'on parte à la mater mais qu'on a un peu de temps, que je vais prendre une douche pendant que lui réunit nos affaires.
Entre temps, j'appelle Marie-Jo pour la prévenir que le travail est en route et qu'on va lui déposer Ilana. Chouchou court dans tous les sens, monte et descend les escaliers pour compléter notre valise.
Il est temps de réveiller Ilana. C'est moi qui monte lui expliquer, alors qu'elle est encore ensommeillée, que cette fois çà y est, sa petite soeur sera bientôt avec nous et que nous devons partir. Elle a du mal à comprendre, comme je m'y attendais, qu'il va falloir que l'on se sépare quelques jours. Je lui demande d'être courageuse, qu'autrement je me ferais du soucis pour elle. Elle prend sur elle.
On embarque tous les 3 en voiture. Je monte derrière avec Ilana, lui tiens la main pour qu'elle sente que je ne l'abandonne pas. On arrive chez Marie-Jo qui nous accueille chaleureusement. Je sais qu'Ilana y sera bien entourée. Je la sers dans mes bras encore et encore en lui expliquant que dès demain, elle pourra venir nous voir et nous partons. Il est 23 h 30.
En voiture, je continue à perdre les eaux. Mais bon sang, combien de litres y a t-il ???
A l'arrivée à la mater, le gardien de nuit vient nous ouvrir et nous indique où nous rendre. Nous sommes pris en charge par une sage-femme qui nous installe en salle d'accouchement pour me monitorer. A ce moment, pas de vraies contractions, un col à 2. Elle ne sent pas vraiment un crane au toucher mais plutôt une oreille ou un nez. Elle demande au gynécologue de garde de me faire une écho. Difficile à préciser... Comme la nuit commence à avancer, elle nous installe dans une chambre de travail où nous nous reposons un peu. J'arrive même à dormir. Vers 3 h 30, les contractions se font plus présentes. La sage femme revient me voir, me monitore. Le col est toujours à 2 mais les contractions sont bien présentes. Malgré la perf qu'elle vient de me poser, la douleur se fait de plus en plus accrue. Elle décide de nous reconduire en salle d'accouchement et de prévenir l'anesthésiste pour la pose de la péridurale. Il est 4 h 30.
Le temps que celui-ci arrive, les contractions redoublent d'intensité mais j'arrive encore à les gérer. La péridurale est posée et bien efficace. La douleur a disparu mais je sens le travail se faire.
Je ne pense qu'à une chose, que la nuit avance encore un peu jusqu'au petit matin où ma gynéco prendra sa garde.
Sous péri, je me rendors encore un peu. Je suis réveillée par la douce voix de ma gynéco qui me demande comment je vais. Alleluia, c'est elle qui m'accouchera ! Il est 8 h 00. Elle m'ausculte et en arrive aux mêmes conclusions que la sage-femme : ce n'est pas une présentation céphalique mais de face. Petit problème technique... Le col est à 4, raccourci. Elle nous explique qu'on va me perfuser la "synto" pour accélérer le travail et voir si bébé commence à descendre. Il est possible que les choses se déroulent normalement mais envisage également une césarienne. Elle nous quitte, appelée pour une césarienne.
La "synto" accélère les contractions mais fait bradycardiser bébé à plusieurs reprises. Ma gynéco revient de sa césarienne, me réexamine. Le col s'ouvre mais bébé ne s'engage pas. Elle doit être retenue par le cordon. Les contractions la poussent vers le bas mais le cordon l'entrave. Il ne faut pas tarder et faire une césarienne.
Je n'ai pas le temps de réfléchir. Il faut y aller, il faut y aller. C'était une éventualité à laquelle je m'étais déjà préparer il y a quelques mois. Il est question de la santé de mon bébé. Je suis confiante, je suis entre de bonnes mains.
Chouchou est contrarié de ne pouvoir nous accompagner mais il sait que c'est pour notre bien. Il se tient prêt à accueillir sa fille qui sera là dans quelques minutes. Il est 9 h 00.
On me déshabille. On me brancarde et m'emmène au bloc. Il fait froid. Il y a beaucoup d'agitation, au moins 6 personnes. L'anesthésiste, une femme avec un accent allemand, me remets un bollus d'anesthésiant. Ma gynéco se lave les mains. On m'installe sur la table. Mes jambes ne répondent plus. Je suis exposée aux yeux de tous mais je n'en ai que faire. Les aides opératoires dressent le champs, on me bétadine largement. Ma gynéco me dit : "Me M. on commence". Je ne sens pas l'incision mais les gestes qui s'en suivent resteront les plus douloureux de ma vie. Je sens qu'on m'éviscère, on me tort, on me tire. Je crie... vraiment... J'ai mal, très mal. J'essaie de me contenir pour ne pas bouger, ne pas tout arracher. Ma gynéco rappelle l'anesthésiste, lui dit que je souffre. Celle-ci revient à mes côtés, me shoote à nouveau, me caresse le visage en me disant que c'est presque finit. Enfin, on sort Sasha mais je ne l'entend pas pleurer. Nous sommes le 28 novembre, il est 9 h 30. J'ai toujours aussi mal, comme si j'étais tirée vers le haut. Le placenta est enlevé à son tour, j'ai l'impression que l'on vient de m'enlever une tonne. On m'apporte enfin Sasha. Elle se porte bien, est un peu tuméfiée au niveau des yeux du fait de sa position. J'ai du mal à coordonner mes mouvements et à lui caresser le visage. On me la laisse quelques minutes le temps de me recoudre. A ce moment, je ne sens plus rien. Sasha est emmenée auprès de son papa. Je sais que tout va bien mais je pleure. Je pleure cette douleur que je n'avais pas prévue mais aussi de ce nouveau bonheur.
On me nettoie, me panse, me couvre. On m'amène en salle de réveil où deux autres mamans ont été césarisées avant moi. On nous amène tour à tour nos bébés pour le premier peau à peau. Toute l'équipe s'extasie devant la bouille de Sasha. Ma fille est belle, elle ressemble à sa grande soeur. Les larmes coulent d'elles-mêmes. On me la mets au sein que Sasha trouve presque toute seule. J'ai l'impression d'avoir fait çà toute ma vie. Puis on vient la rechercher pour que je me repose enfin.
Une heure plus tard, on me monte dans ma chambre où j'y retrouve Chouchou et Sasha. Chouchou m'explique que ma gynéco est venue le voir après ma césarienne pour lui dire que tout c'était bien passé. Elle l'a chaudement félicité, lui frottant le dos amicalement, presque aussi émue que nous. Je me dis qu'on a eu beaucoup de chance Sasha et moi, que nous étions entre de bonnes mains. La douleur de la césarienne m'a maintenant l'air d'un lointain souvenir...
A l'heure de l'école, Chouchou part chercher Ilana. Je n'arrive pas à m'endormir, ne cesse de regarder ma fille.
Ilana arrive enfin pour faire la connaissance de sa petite soeur. Elle est aux anges, la bisouille et la caresse.
Je passe 5 jours à la mater. 5 longues journées où ma grande est loin. C'est très dur pour nous deux. Après sa visite, les séparations se finissent quelques fois en larmes pour une raison ou pour une autre. Je n'ai qu'une hâte, rentrer chez moi. J'ai l'impression d'être en prison dans cette chambre même si l'équipe soignante est très gentille.
Ma gynéco passe me voir lundi, me propose une sortie mercredi si tout va bien. Je suis contente, je vais enfin retrouver mon chez moi.
Mercredi matin, on me retire une agrafe sur 2, le reste sera enlever vendredi en ambu. Chouchou et Ilana viennent nous chercher. Je sens Ilana un peu froide vis à vis de moi, elle qui est si spontanément caline. Cela me pèse. Je lui prends son bain. A la sortie, je l'essuie, l'entreint et pleure. "Mais maman, pourquoi tu pleures", "parce que tu m'as tant manqué", "Ah moi aussi tu m'as manqué" me dit-elle entre 2 sanglots.
Les choses sont dites. A moi aussi cette absence m'a pesée, tellement.
Maintenant je suis rentrée, la boucle est bouclée. J'ai deux magnifiques petites filles que j'aime de tout mon coeur.




Commentaires